Optimisation fiscale : réduire son IR ou son IS en toute légalité
Chaque année, c’est la même question au moment de la déclaration : « Est-ce que je ne paie pas trop d’impôts ? » Pour beaucoup de kinés, d’ostéos ou de médecins, la réponse est oui. Pas par manque de sérieux, mais parce qu’ils n’utilisent pas tous les leviers que la loi met à leur disposition.
L’optimisation fiscale, ce n’est ni un gros mot, ni une affaire de montages exotiques. C’est simplement le fait de payer le juste impôt, en faisant les bons choix au bon moment. On fait le tour des leviers qui comptent vraiment pour un professionnel de santé libéral.
Optimiser, oui. Frauder, non.
Avant d’entrer dans le concret, une mise au point s’impose. Trois notions sont souvent mélangées :
- L’optimisation fiscale consiste à utiliser les dispositifs prévus par la loi pour réduire son impôt. C’est parfaitement légal.
- L’évasion fiscale consiste à déplacer artificiellement ses revenus vers des pays à fiscalité plus douce.
- La fraude fiscale est un délit : fausses déclarations, recettes dissimulées, charges fictives.
La frontière tient en deux mots : substance réelle. Une dépense déduite doit servir votre activité. Une société créée doit avoir une vraie raison d’être, pas seulement fiscale. Et chaque choix doit pouvoir être justifié. En cas de doute, il existe même une procédure, le rescrit, pour interroger l’administration avant d’agir.
Levier n°1 : réduire le bénéfice imposable
C’est la base, et c’est souvent là que se cache le plus gros gisement. Votre impôt est calculé sur votre bénéfice : recettes moins charges. Chaque charge oubliée, c’est de l’impôt (et des cotisations sociales) payés en trop.
Les charges déductibles
En déclaration contrôlée, vous déduisez vos frais réels. Pour un cabinet de kinésithérapie ou d’ostéopathie, on retrouve notamment :
- le loyer du cabinet ou la quote-part de SCM ;
- les frais de véhicule (au réel ou au barème kilométrique) ;
- les formations, congrès et abonnements professionnels ;
- le petit matériel, les consommables, le linge et son entretien ;
- les logiciels, le téléphone, l’assurance RCP ;
- vos cotisations sociales obligatoires (URSSAF, CARPIMKO, CARMF…) ;
- vos cotisations de retraite et prévoyance complémentaires, dans certaines limites.
Le réflexe à prendre : garder chaque justificatif et les transmettre au fil de l’eau, pas en mars.
L’amortissement de vos investissements
Table électrique, appareil d’électrothérapie, équipement de rééducation, ordinateur, travaux dans le cabinet : ces achats ne se déduisent pas en une fois. Leur coût est réparti sur leur durée d’utilisation. Bien piloté, l’amortissement permet de lisser l’impôt et d’investir au bon moment, par exemple une année où le bénéfice s’annonce élevé.
Les provisions et le déficit reportable
En société à l’IS, certaines charges probables peuvent être anticipées sous forme de provisions (litige, créance douteuse…). Et une année déficitaire n’est pas perdue : le déficit est reportable sur les bénéfices des exercices suivants, sans limite de durée (dans la limite de certains plafonds annuels).
Levier n°2 : choisir le bon régime fiscal
À l’impôt sur le revenu (IR)
C’est la situation de la plupart des libéraux en nom propre. Votre bénéfice (BNC) s’ajoute à vos autres revenus et il est taxé au barème progressif. Plus vous gagnez, plus votre taux marginal grimpe : 30 %, 41 %, voire 45 %.
Premier choix à faire : micro-BNC ou déclaration contrôlée. Le micro applique un abattement forfaitaire de 34 %. Si vos charges réelles dépassent ce niveau, ce qui est très fréquent chez les kinés installés, la déclaration contrôlée est presque toujours plus avantageuse.
À l’impôt sur les sociétés (IS)
En exerçant via une SELARL ou une SELAS, c’est la société qui paie l’impôt sur son bénéfice :
| Tranche de bénéfice | Taux d’IS |
| Jusqu’à 42 500 € | 15 % (taux réduit) |
| Au-delà de 42 500 € | 25 % |
Le taux réduit suppose un capital entièrement libéré, détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, et un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros. Autant dire que la quasi-totalité des cabinets de santé y ont droit.
Alors, IR ou IS ?
L’IS devient intéressant quand votre taux marginal d’imposition est élevé et que vous n’avez pas besoin de prélever tout le bénéfice pour vivre. Ce que vous laissez dans la société n’est taxé qu’à 15 ou 25 %, et peut financer vos investissements ou se capitaliser.
Mais l’IS n’est pas magique. La création d’une société a un coût, des obligations supplémentaires, et ce que vous en sortez sera taxé une seconde fois. La bonne décision se prend sur une simulation chiffrée, pas sur un conseil entendu en salle de pause.
Levier n°3 : piloter votre rémunération
En société à l’IS, vous choisissez comment vous vous payez :
- La rémunération de gérance est déductible du résultat de la société, soumise à cotisations sociales, puis imposée à l’IR entre vos mains.
- Les dividendes sont versés après IS. Ils sont taxés soit au prélèvement forfaitaire unique (flat tax, 31,4 % depuis 2026), soit au barème progressif après un abattement de 40 %.
Attention au piège propre aux SEL : pour un gérant majoritaire de SELARL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social (et des comptes courants) est soumise aux cotisations sociales. Le « tout dividendes » est donc rarement la bonne solution.
L’équilibre entre rémunération et dividendes se construit chaque année, en fonction de vos besoins personnels, de votre protection sociale et de votre retraite.
Levier n°4 : les dispositifs fiscaux ciblés
- L’épargne retraite (PER individuel) : vos versements sont déductibles, dans la limite de plafonds. C’est l’un des leviers les plus efficaces pour un libéral fortement imposé.
- Les zones aidées : une installation en zone France Ruralités Revitalisation (ZFRR) ou dans certaines zones prioritaires peut ouvrir droit à une exonération temporaire d’impôt sur les bénéfices, sous conditions.
- Le mécénat : les dons d’une entreprise à des organismes d’intérêt général ouvrent droit à une réduction d’impôt de 60 % (dans certaines limites). Utile une année très bénéficiaire.
- Les placements de trésorerie : en société à l’IS, la trésorerie non utilisée peut être placée (comptes à terme, contrats de capitalisation…) plutôt que dormir sur le compte courant.
Levier n°5 : penser à la sortie dès maintenant
Vendre votre patientèle ou vos parts, partir à la retraite, transmettre : la fiscalité de la cession se prépare des années à l’avance. Abattements pour durée de détention, exonération pour départ à la retraite, apport-cession via une holding : les solutions existent, mais elles demandent d’anticiper.
Le vrai secret : une comptabilité à jour
On ne peut pas optimiser ce qu’on ne voit pas. Si vous découvrez votre bénéfice en avril de l’année suivante, il est trop tard pour agir. Une comptabilité tenue au fil de l’eau vous permet de savoir en octobre où vous en êtes, et de décider à temps : investir, verser sur un PER, ajuster votre rémunération.
Chez MOJA CONSEILS, c’est exactement comme ça qu’on travaille avec nos clients kinés, ostéos et professionnels de santé : une vision en continu de votre résultat, un point avant la clôture, et des simulations chiffrées avant chaque grande décision (passage en société, rémunération, investissement). Vous voulez savoir si vous payez le juste impôt ? Parlons-en.
FAQ
L’optimisation fiscale est-elle légale ? Oui, tant qu’elle utilise des dispositifs prévus par la loi et que chaque opération a une vraie substance économique. Un montage purement fiscal peut être requalifié en abus de droit.
Faut-il passer en société pour payer moins d’impôts ? Pas forcément. Cela dépend de votre bénéfice, de vos besoins de rémunération et de vos projets. Seule une simulation personnalisée permet de trancher.
Quand faut-il s’en occuper ? Avant la clôture de l’exercice, idéalement dès l’automne. Après le 31 décembre, la plupart des leviers ne sont plus activables.
