SELARL ou EI pour un kiné libéral en 2026 : simulation chiffrée et guide complet
Tu gagnes bien ta vie en kiné libéral. Tes recettes progressent, tu as stabilisé ta patientèle, et chaque année tu regardes ta déclaration 2035 avec le même sentiment : tu donnes une part importante de ce que tu gagnes à l’État et à l’URSSAF — et tu te demandes s’il n’existe pas une façon plus intelligente d’organiser ton activité.
La réponse, souvent, c’est la SELARL. Société d’Exercice Libéral à Responsabilité Limitée. Un acronyme qui fait peur, une structure qui fascine — et que beaucoup de kinés considèrent sans jamais vraiment comprendre quand elle est pertinente, comment elle fonctionne, et surtout combien elle peut réellement faire économiser. Chez MOJA CONSEILS, on accompagne des kinésithérapeutes libéraux dans ce type de décision structurante. Ce guide vous donne les clés pour comprendre la différence entre exercer en entreprise individuelle (EI) et en SELARL, simuler l’impact sur votre fiscalité, et savoir si — et quand — le passage en société vaut vraiment le coup.
1. L’entreprise individuelle (EI) : le régime par défaut
Ce que c’est : En entreprise individuelle, vous et votre activité ne faites qu’un sur le plan juridique et fiscal. Vos revenus professionnels sont vos revenus personnels. Vous déclarez votre bénéfice sur votre déclaration de revenus, et vous êtes imposé selon le barème progressif de l’impôt sur le revenu — jusqu’à 45 % en tranche marginale.
La structure de vos prélèvements en EI :
En tant que kiné libéral conventionné en EI, votre bénéfice supporte deux types de prélèvements :
- Les cotisations sociales — URSSAF (maladie, retraite de base, allocations familiales, CSG-CRDS) et CARPIMKO (retraite complémentaire, prévoyance, invalidité-décès). L’ensemble représente environ 40 à 45 % de votre bénéfice net.
- L’impôt sur le revenu — calculé sur le bénéfice restant après déduction des cotisations sociales déductibles, selon le barème progressif. Selon votre situation familiale et votre niveau de revenus, la tranche marginale peut atteindre 30 %, 41 % ou 45 %.
Ce que ça représente concrètement :
Prenons un kiné libéral avec 80 000 € de bénéfice BNC et une situation familiale standard (célibataire, sans enfant) :
Poste
Bénéfice BNC
Cotisations sociales (≈ 43 %)
Revenu imposable après déductions
Impôt sur le revenu (tranche 30/41 %)
Revenu net disponible
Taux global de prélèvement
Montant estimé
80 000 €
− 34 400 €
≈ 55 000 €
≈ 13 000 €
≈ 32 600 €
≈ 59 %
En EI, près de 60 % de votre bénéfice peut partir en prélèvements obligatoires dès lors que vous atteignez des revenus confortables. Ce n’est pas illégal. Ce n’est pas une erreur. C’est simplement la mécanique du régime — et c’est précisément ce que la SELARL permet de réorganiser.
2. La SELARL : comment ça change la donne
En SELARL à l’impôt sur les sociétés (IS), votre activité libérale est exercée par une société distincte de votre personne. La société encaisse les honoraires, paie les charges, et dégage un bénéfice.
Ce bénéfice de la société est taxé à 15 % jusqu’à 42 500 €, puis à 25 % au-delà — bien en dessous des taux IR applicables en EI.
Vous, en tant que gérant, vous versez depuis la société :
- Une rémunération de gérance — soumise à l’IR et aux cotisations sociales, comme en EI
- Des dividendes — soumis à la flat tax de 30 % (ou au barème IR sur option), mais sans cotisations sociales URSSAF ni CARPIMKO
C’est cette mécanique qui crée l’économie fiscale : en pilotant intelligemment la répartition entre rémunération et dividendes, vous réduisez votre base de cotisations sociales tout en maintenant un revenu disponible confortable.
La simulation qui convainc
Reprenons le même kiné avec 80 000 € de bénéfice (désormais chiffre d’affaires de la SELARL après charges) :
Hypothèse : rémunération de gérance de 45 000 €, dividendes de 20 000 € (le reste restant dans la société)
Poste
Bénéfice / CA net de charges
Rémunération gérant
Cotisations sociales sur rémunération
IS sur bénéfice société
IR sur rémunération + dividendes
Flat tax dividendes (30 %)
Total prélèvements
Gain annuel estimé
EI
80 000 €
−
34 400 €
−
≈ 13 000 €
−
≈ 47 400 €
−
SELARL
80 000 €
45 000 €
≈ 19 000 €
≈ 5 250 €
≈ 6 500 €
6 000 €
≈ 36 750 €
≈ 10 650 €
Sur cet exemple, le passage en SELARL génère une économie d’environ 10 000 à 11 000 € par an. Et si le bénéfice est plus élevé — 100 000, 120 000 € — l’économie peut dépasser 20 000 € annuels.
3. À partir de quel seuil c’est pertinent ?
C’est la question centrale. Et la réponse honnête est : à partir de 70 000 à 80 000 € de bénéfice BNC annuel.
En dessous de ce seuil, les frais de fonctionnement d’une SELARL — comptabilité plus complexe, dépôt des comptes annuels, assemblée générale, frais de création — ont tendance à absorber une grande partie du gain fiscal. L’économie existe, mais elle ne justifie pas toujours la complexité supplémentaire. Au-dessus de 80 000 €, le gain net après frais de gestion est significatif et la SELARL devient clairement intéressante. Entre 70 000 et 80 000 €, c’est une zone grise qui mérite une simulation personnalisée — le résultat dépend de votre situation familiale, de votre niveau de charges, de votre capacité à laisser de la trésorerie dans la société.
Les profils pour qui la SELARL est presque toujours pertinente :
- Kiné bien installé avec plus de 80 000 € de bénéfice, célibataire ou sans enfants à charge
- Kiné souhaitant capitaliser dans la société pour préparer l’achat de matériel, un futur local ou sa retraite
- Kiné en fin de carrière qui souhaite transmettre son activité dans un cadre structuré
- Kiné exerçant en groupe avec des associés — la SELARL facilite le partage et la gestion commune
Les profils pour qui l’EI reste souvent préférable :
- Kiné avec moins de 70 000 € de bénéfice annuel
- Kiné avec plusieurs enfants à charge (les parts fiscales réduisent significativement l’IR en EI)
- Kiné qui préfère la simplicité administrative et ne souhaite pas gérer une structure sociétale
- Kiné en début d’activité avec des revenus encore en construction
4. Les avantages souvent oubliés de la SELARL
Au-delà de l’optimisation fiscale, la SELARL présente plusieurs avantages structurels que les kinés découvrent souvent trop tard.
La protection du patrimoine personnel. En SELARL, votre patrimoine personnel est en principe protégé des dettes professionnelles de la société. En EI, vous êtes personnellement responsable sur l’ensemble de vos biens (même si la réforme de 2022 a amélioré les choses avec le patrimoine professionnel séparé).
La capitalisation dans la société. Les bénéfices que vous laissez dans la SELARL — sans vous les verser — ne sont taxés qu’à 15 ou 25 % d’IS. Cette trésorerie peut financer du matériel, un local, ou être investie. C’est un levier puissant pour construire un patrimoine professionnel tout en réduisant la pression fiscale immédiate.
La préparation à la transmission. Si vous souhaitez à terme vendre votre activité ou associer un confrère, la SELARL offre un cadre juridique plus adapté que l’EI. La cession de parts sociales est souvent plus simple et fiscalement plus avantageuse qu’une cession de patientèle en EI.
La gestion des dividendes. En pilotant chaque année la répartition entre rémunération et dividendes selon votre situation, vous pouvez ajuster votre fiscalité à vos besoins réels de l’année — une souplesse que l’EI ne permet pas.
5. Les points de vigilance à connaître avant de se lancer
La SELARL n’est pas une solution miracle. Elle comporte des contraintes réelles qu’il faut intégrer avant de décider.
Le coût de création et de fonctionnement. Créer une SELARL coûte entre 1 500 et 3 000 € (rédaction des statuts, immatriculation, frais divers). Le fonctionnement annuel — comptabilité renforcée, dépôt des comptes, assemblée générale, formalités juridiques — représente un surcoût de l’ordre de 2 000 à 4 000 € par an par rapport à une EI classique.
L’évolution de la doctrine fiscale. Depuis janvier 2024, les rémunérations des associés de SEL pour leur activité libérale sont imposées en BNC — et non plus en traitements et salaires comme c’était le cas auparavant. Ce changement modifie certains paramètres du calcul et nécessite une simulation actualisée. Ne vous basez pas sur des comparatifs antérieurs à 2024.
La complexité administrative. Une SELARL, c’est une société. Elle a des statuts, une assemblée générale annuelle, des comptes à déposer au greffe, une comptabilité en partie double. Ce n’est pas insurmontable — mais c’est plus que remplir une 2035. Il faut être prêt à déléguer cette gestion à un expert-comptable.
La sortie de trésorerie imposée. L’argent qui reste dans la SELARL n’est pas directement accessible pour vos dépenses personnelles. Pour en disposer, vous devez soit vous verser une rémunération (soumise à cotisations et IR), soit distribuer des dividendes (soumis à flat tax). Cette contrainte de liquidité doit être anticipée.
L’inscription à l’ARS. L’exercice libéral en SELARL nécessite une inscription de la société auprès de l’ARS — en plus de votre inscription personnelle. C’est une formalité, mais elle a un délai et doit être anticipée.
6. Les étapes concrètes pour passer en SELARL
Si la simulation est favorable et que vous avez décidé de franchir le pas, voici les grandes étapes du processus :
Étape 1 — La simulation préalable. Faites établir par votre expert-comptable une simulation comparative BNC (EI) vs IS (SELARL) sur la base de vos chiffres réels des 2 à 3 dernières années, et d’une projection sur les 3 à 5 prochaines années. C’est le fondement de la décision.
Étape 2 — La rédaction des statuts. Les statuts d’une SELARL doivent respecter les règles spécifiques aux sociétés d’exercice libéral (loi du 31 décembre 1990) et les exigences déontologiques de votre profession. Un expert-comptable ou un avocat spécialisé doit les rédiger.
Étape 3 — La constitution du capital social. Le capital minimum est de 1 €, mais un capital purement symbolique est déconseillé. Un capital de quelques milliers d’euros est plus crédible vis-à-vis des partenaires bancaires et reflète mieux la réalité économique de l’activité.
Étape 4 — L’immatriculation. La SELARL s’immatricule via le guichet unique de l’INPI. Vous obtenez un numéro SIREN distinct de votre numéro personnel.
Étape 5 — L’inscription auprès de l’ARS. La société doit être inscrite auprès de l’ARS de votre région pour pouvoir exercer légalement. Votre numéro ADELI personnel reste valable, mais la société doit avoir sa propre inscription.
Étape 6 — L’ouverture d’un compte bancaire professionnel au nom de la société. Tous les honoraires doivent désormais être encaissés sur le compte de la SELARL, pas sur votre compte personnel.
Étape 7 — La gestion de la transition. Si vous étiez en EI, il faut gérer le passage de l’activité à la société — ce qu’on appelle l’apport ou la cession du fonds libéral. Cette opération peut avoir des conséquences fiscales immédiates si elle est mal structurée. Anticipez-la plusieurs mois à l’avance.
Conclusion
SELARL ou EI : il n’y a pas de bonne réponse universelle, seulement une réponse adaptée à votre situation, à votre niveau de revenus et à vos objectifs de vie.
Ce qu’il faut retenir :
- En EI, jusqu’à 60 % de votre bénéfice peut partir en prélèvements obligatoires au-delà de 70 000 € de revenus
- La SELARL devient pertinente à partir de 70 000 à 80 000 € de bénéfice annuel, avec une économie potentielle de 10 000 à 20 000 € par an
- Elle offre également protection du patrimoine, capitalisation dans la société et préparation à la transmission
- Mais elle implique des frais de fonctionnement, une complexité administrative et la nouvelle doctrine fiscale 2024 à intégrer
- La décision se prend sur la base d’une simulation chiffrée avec vos vrais chiffres — pas sur des généralités
Chez MOJA CONSEILS, on accompagne les kinésithérapeutes libéraux dans cette réflexion depuis la simulation initiale jusqu’à la création et le suivi de la société. Parce que passer en SELARL sans être bien accompagné, c’est prendre le risque de payer le prix de la structure sans en tirer tous les bénéfices.
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rgherbi@mojaconseils.com · MOJA CONSEILS – Expertise Comptable Spécialisée pour Kinés et Ostéopathes
Article rédigé par l’équipe MOJA CONSEILS — Cabinet d’expertise comptable spécialisé dans l’accompagnement des professionnels de santé libéraux. Basé à Juvignac (34). Informations valables au 1er mai 2026.
